« Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires » : quand dénoncer les dérives décrédibilise tout un secteur

« Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires » : quand dénoncer les dérives décrédibilise tout un secteur

Le documentaire "Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires" aborde un sujet qui mérite évidemment qu’on s’y intéresse. Mais on ne laissera pas pour autant passer tout et n'importe quoi... Sorry les journalistes de ce documentaire, il fallait mieux faire votre boulot !

Pauline
18 septembre 2026

Si tu es praticienne du bien être, du développement personnel ou de la spiritualité, tu n’as pas pu passer à côté du documentaire diffusé il y a quelques jours sur france.tv et disponible en clair sur la chaîne Youtube Slash enquêtes .
Oui, je parle bien de « Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires », réalisé par Nadège Justiniani et incarné par la journaliste Astrig Agopian. Deux femmes qui, vraiment sorry de le dire frontalement, ont très mal fait leur boulot.

Et je dis ça sans animosité, avec la plus grande des sincérités, mais il fallait que quelqu’un le dise. 

Avec un titre pareil, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose qu'un exposé sur les dérives sectaires. De ce côté-là, c’était, presque, du bon travail puisqu’en effet, on nous montre des pratiques pire que douteuses, on entend des propos totalement fous et toutes ces séquences mises bout à bout font bien flipper.

Ce qui est regrettable dans ce travail bâclé, c’est que le Féminin Sacré n’a pas été compris et que ses réelles actrices n’ont pas été respectées, que ce soit les praticiennes ou les clientes. Et je ne parlerai même pas ici de la manière dont ont été obtenues les images car j’imagine que la justice sera bientôt sur le dossier.

Alors, oui les dérives existent, oui elles doivent être dénoncées, mais on pourrait attendre de journalistes professionnelles, un peu de nuance pour éviter les amalgames, les caricatures et les raccourcis fâcheux qui n’aident ni les victimes, ni les praticiennes sérieuses.

Alors à quoi ça sert me direz-vous ? A faire sensation ? Je ne crois même pas car c’est un sujet tellement facile… Tellement vendeur. J’aurais vraiment aimé qu’elles aient l’audace de réellement se plonger au cœur du sujet et d’en proposer le vrai reflet. Celui porté par des praticiennes dont la vocation est l’accompagnement, le soin et l’émancipation des Femmes dans leur version la plus puissante.

Les dérives sectaires dans le bien-être existent : les nier serait irresponsable 

Pour éviter toute interprétation sauvage des propos qui vont suivre : le secteur du bien-être est un boulevard à charlatans, je suis la première à le crier haut et fort !

Et ça s’explique en croisant deux données principales :
- Premièrement, on assiste depuis plusieurs années (mais disons que ça s’accélère depuis la COVID) à une défiance envers la médecine accusée de déshumaniser les soins, d’erreurs médicales, de protocoles qui se fichent du cas par cas… Si l’on ajoute à cela la saturation du secteur, les déserts médicaux… On en arrive à cherche des solutions alternatives. 

- C’est là qu’arrive notre deuxième point : l’explosion du secteur du bien-être, du développement personnel et de la spiritualité. Ce phénomène est directement lié au premier point abordé. Les gens sont en recherche de solutions personnalisées à leurs besoins, à leurs maux et ce n’est pas l’ambiance générale de ce monde actuel qui viendra atténuer leurs souffrances, on est bien d’accord.

Ce secteur explose donc, mais personne ne s’est encore occupé de le structurer. Il est donc bourré de failles et notamment celle qui permet à chacun de s’autoproclamer praticiens. Peu de formations officielles, peu d’organismes sérieux où se regroupent les praticiens sous une déontologie commune… Bref, ça laisse le champ totalement libre aux personnes mal intentionnées.  

Informer les publics et faire de la prévention est donc capital. Mais si on peut éviter de décrédibiliser tout un secteur au passage, comme c’est le cas dans le documentaire Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires, ce serait quand même plus sérieux et respectueux et surtout, ça mettrait tout le monde d'accord, non ?

Le problème commence quand « dérive » devient synonyme de « pratique non conventionnelle » 

Pour un public non-averti, et on peut penser que c’est le cas de l’audience de france.tv, le journaliste a, je crois, un devoir d’information réelle, documentée et nuancée sur le sujet qu’il traite. Enfin, de mon point de vue ce serait plutôt déontologique comme façon de faire… 

C’est en ce sens que j’aurais aimé qu’on nous présente la frontière entre dérive sectaire et pratique éthique de façon très claire.
Que l’on explique qu’une pratique spirituelle ou ésotérique n’est pas automatiquement une dérive sectaire, qu’une croyance n’est pas automatiquement une manipulation et qu’une pratique non-scientifiquement démontrée n’est pas automatiquement une escroquerie !

Une dérive intervient lorsque le cadre est flou, les promesses sont louches, la posture est inappropriée ou qu’il y a un rapport de pouvoir du praticien sur ses clients. Ce sont des red flags qu’il faut diffuser au maximum et je crois qu’il faut aussi apprendre aux gens à repérer des praticiennes safe. 

Derrière « le féminin sacré », il y a aussi des professionnelles responsables, éthiques et déontologiques

Au-delà de la gourou caricaturale majoritairement représentée dans le documentaire Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires, le monde du Féminin Sacré et plus largement du bien-être regorge de praticiennes formées, déclarées, assurées, supervisées, qui savent poser un cadre clair, des limites, qui savent détecter les troubles psychologiques et psychiatriques et qui n’hésitent pas à réorienter les clientes qui auraient besoin d’un accompagnement médical. 

Ces praticiennes, nous les voyons chez MyEso travailler dur pour professionnaliser leur pratique, se faire une place dans un monde qui n’a de cesse de les pointer du doigt sans avoir la présence d’esprit de nuancer. L’amalgame est d’un irrespect total et d’une brutalité sans nom pour ces praticiennes.

Voici, par exemple, le message que j’ai reçu d’une ex-naturopathe qui réagissait au réel Instagram sur le même sujet que j’ai posté en début de semaine : “C’est terrible ces attaques directes, non construites, et soutenues par des médias à large audience… je t’avoue que c’est un peu ce qui m’a amenée à mettre la naturopathie de côté, je n’en pouvais plus de passer mon temps à me justifier.”

Des conséquences très concrètes pour les praticiennes 

Pendant que ces deux journalistes (désolée ça tombe encore sur vous…) sont occupées à faire le buzz, les praticiennes, elles se retapent une vague de méfiance généralisée.
Et quelles conséquences directes cela va avoir sur elles ? 

  • la nécessité permanente de se justifier

  • la décrédibilisation professionnelle

  • la peur de parler de son métier

  • le sentiment d’illégitimité qui se creuse un peu plus

  • la perte de confiance en soi

  • le replis et l’isolement professionnel

Elles le vivent déjà au quotidien sans avoir besoin de documentaire pour en remettre une couche. A quand un vrai travail journalistique qui parlerait aussi des pratiques de plus en plus éthiques et déontologiques, des bienfaits de la sororité, de l’empuissancement des Femmes pour notre société ?
Vous me direz qu’il existe ce genre de reportage. Oui c’est vrai ! Sur des canaux de diffusion beaucoup plus confidentiel que lorsqu’on parle de Gourou et de dérives sectaires étrangement. C’est moins vendeur il faut dire ! 

À force de caricaturer, on rate justement l’occasion d'éduquer le public

Ce qui est profondément regrettable avec le genre d’angle unique exposé dans le documentaire Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires, c’est qu’on perd l’impact préventif sur le public. 

Crier “Attention aux gourous !!!” ne suffit pas. 

En revanche, apprendre à reconnaître les mécanismes problématiques et à l'inverse apprendre à reconnaître des pratiques responsables est beaucoup plus pertinent. Mais pour ça, il aurait fallu que ces journalistes proposent un travail beaucoup plus approfondi, complet et le sujet aurait été bien moins racoleur. 

Ce qui distingue réellement une praticienne responsable d’une pratique à risque 

La praticienne safe ne fera aucune promesse de guérison. Si ce mot est employé chez elle, on parlera de guérison intérieure symbolique, cela fait partie du jargon et c’est une subtilité d’usage à connaître. Si un praticien vous dit qu’il peut vous guérir d’un cancer : “fuyez pauvres fous !!”

La praticienne safe est totalement transparente sur ses formations et ses compétences. Mais attention, il existe aussi des charlatans atteints de formationite aigüe. S’ils citent leur formations à outrance et pour se justifier ou prendre l’ascendant sur qui que ce soit, c’est très très louche.

La praticienne safe n'émettra JAMAIS d’avis sur la santé ou le parcours médical de la cliente. Une personne malintentionnée le fera sans hésiter. 

La praticienne safe demandera le consentement de la cliente pour absolument tout. C’est la cliente qui reste totalement maîtresse de son développement personnel et son accompagnement. Le charlatan, lui, se permettra de prendre l’ascendant sur le client sans jamais demander l’accord pour ses “protocoles”. 

La praticienne safe pose un cadre clair sur son champ d’actions, ses compétences, ses limites. Le charlatan a un ego tel qu’il pense pouvoir régler tous les problèmes du monde, il prendra un rôle de sauveur même si ses “compétences” ne lui permettent pas de tout régler. 

Aucune forme de dépendance psychologique, financière ou de tout autre ordre n’est possible avec une praticienne safe. Encore une fois, le charlatan et son ego vont au contraire nourrir et inciter ce genre de dépendances. 

La praticienne safe saura passer le relais à des professionnels compétents si la problématique de la cliente dépasse son champs d’actions. Vous l’aurez compris, le charlatan considère qu’il n’y a pas meilleur que lui. 

Le charlatan utilise une communication basée sur la peur pour pour convertir et avoir de l’emprise sur ses clients. Une praticienne safe ne vous fera jamais vous sentir en insécurité de quelconque façon. 

Pour les praticiennes qui nous lisent, voici quelques conseils pour renforcer votre professionnalisme si ce n’est pas déjà fait : 

  • mettez en place un formulaire d’accueil de chaque nouvelle cliente dans le but d’en savoir plus sur leurs besoins, leurs intentions et savoir si vous êtes ou non la bonne personne pour les accompagner

  • si possible, remplissez ce formulaire avec elle en live ou en visio, le non verbal joue énormément

  • ayez un cadre clair et lisible pour vos clientes

  • rédigez votre charte éthique et déontologique et diffusez là à chaque cliente pour qu’elle soit bien informée de votre façon de travailler

  • mettez en place un système de suivi de vos clientes post accompagnement pour savoir comment elles vont et éventuellement les aider si ça ne va pas

  • formez-vous à la détection de troubles psychologiques et psychiatriques pour réorienter les personnes dans ce genre de situation 

  • adhérez à un collectif de professionnelles de votre secteur ou pas d’ailleurs, des regroupements d’entrepreneures… pour ne pas être trop isolée

  • soyez supervisée pour garder la clarté dans vos accompagnements

Le secteur du bien-être n’a pas besoin qu’on le protège de la critique. Il a besoin qu’on le traite avec nuance. 

Je crois que je l’ai assez dit tout au long de l’article… La nuance, c’est ce que l’on demande. Surtout pas de défendre becs et ongles le secteur coûte que coûte, ne tombons pas dans l’extrême inverse. Le propos c’est de prendre en compte le fait qu’à chaque nouveau documentaire, à chaque nouveau scandal, ce sont les praticiennes qui se font pointer du doigt et qui n’osent plus sortir des bois.

On voit beaucoup de praticiennes rappeler l’époque de la chasse aux Sorcières sur les réseaux en ce moment et je ne peux m’empêcher de faire effectivement ce lien historique. Chaque amalgame qui est fait porte avec lui une lointaine odeur de cramé qui fait ressortir la sensation profonde d’injustice. Rappelons que des dérives aussi destructrices existent dans absolument tous les domaines de la vie à commencer par le monde des médias, la politique, la médecine… Les personnes mal intentionnées s’infiltrent dans toutes les sphères alors prenons soin les uns des autres et essayons d’être le moins possible entre soi. Pour ça, il faut de la nuance, de l’écoute, de la compréhension et de la bienveillance. Ingrédients que les responsables du documentaire Féminin sacré : enquête sur des dérives sectaires on du perdre sur leur chemin.

Je serais sincèrement ravie de participer à la réalisation d'un documentaire sur le Féminin Sacré. A bon entendeur !

Ah oui j'ai failli oublier... Chère Astrig, n'importe quelle femme un tant soit peu intéressée par son corps mais aussi par l'actualité du genre aurait, sans avoir fait 10 ans de médecine, pensé de suite à l'endométriose avec les symptômes que vous décrivez en début de reportage et vous aurait conseillé d'aller consulter des spécialistes. Même le fil rouge n'est pas bien choisi, à croire que vous aviez vraiment envie de tester le charlatanisme. Pour soulager les symptomes en revanche, il existe pas mal d'alternatives comme la naturopathie, les pratiques corporelles, la mise en place d'une hygienne de vie adaptée... On a plein de praticiennes safe ici si jamais vous avez envie d'enquêter !